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Умом Россию не понять,
Аршином общим не измерить:
У ней особенная стать -
В Россию можно только верить.

Nul mètre usuel ne la mesure,
Nulle raison ne la conçoit.
La Russie a une stature
Qui ne se livre qu'à la foi.

Fiodor Tiouttchev (1866)


Да, и такой, моя Россия,
Ты всех краев дороже мне.
А. Блок

Люби Россию, ибо она мать твоя, и ничто в мире не заменит тебе её.

Казачья заповедь




Праздники России



8 mars 2014 6 08 /03 /mars /2014 15:21




Je suis en train de lire un livre d'Evguéni Anissimov sur le XVIIIe siècle russe. C'est vraiment le "siècle des femmes". Après la mort de Pierre le Grand en 1725 et jusqu'en 1796, le trône a été (presque) sans interruption occupé par des femmes.

La part belle dans le livre est bien sûr faite à Catherine la Grande, 34 ans de règne et une gloire européenne. Aucun monarque russe ne suscite vraiment ma sympathie, mais Catherine II est celle que je méprise le plus pour cette légende qu'elle a construit autour de sa propre personne, son soit-disant amour du progrès, de la liberté, des nobles idées philosophiques...
Catherine II
"Portrait de Catherine II devant un miroir", V. Erichsen, 1762-1764
Musée de l'Ermitage, St-Pétersbourg
La Catherine du reflet a une expression plus dure, c'est plus flagrant en regardant le portrait en vrai.

Catherine IICatherine II

L'impératrice Catherine II, "l'amie des Lumières", est surtout l'autocrate la plus esclavagiste qu'ait connue l'Empire russe (elle a renforcé le servage en Russie et l'a introduit en Ukraine). Mais comme dit le dicton: "Vantez-vous, il en restera toujours quelque-chose".


Le XVIIIe siècle, c'est aussi l'histoire d'une autre femme terrible.

Daria Nikolaïevna Saltykova, née Ivanova (1730-1801) est une propriétaire terrienne entrée dans l'histoire pour ses exactions dignes de Barbe-Bleue. "Sadique", "tueuse en série", "monstre"... Surnommée familièrement et avec mépris "Saltytchikha", elle est presque devenue une créature mythologique, une sorte de Baba-Yaga moscovite.

Saltytchikha"Saltytchikha", illustration de P.V. Koudrioumov, 1911

Mère de deux fils, veuve à 26 ans, Daria Saltykova hérite alors de plus de 600 "âmes" qui sont sa propriété absolue. Le servage concerne à cette époque la majorité des paysans. Le propriétaire peut disposer d'eux comme de son bétail. Les mauvais traitements sont courants, mais ce que va faire la Saltytchikha est effroyable.

En quelques années, sous les règnes d'Elisabeth Pétrovna et Pierre III, Daria Saltykova aurait tué ou fait tuer environ 138 serfs, en majorité des femmes et des jeunes filles. Elle frappe elle-même ou ordonne à ses palefreniers de le faire. Les coups ne suffisent pas à satisfaire la maîtresse de maison. Elle torture: brûle les cheveux des victimes, les ébouillante, arrache des oreilles, les victimes meurent de faim, de froid... Une robe mal lavée suffit à déchaîner la colère de la Saltytchikha.

Saltytchikha

Un exemple de sa cruauté... Au printemps 1759, la pieuse Saltytchikha part en pèlerinage à Kiev. A l'automne, sur le chemin du retour, elle s'arrête dans l'une de ses propriétés où elle s'en prend à une jeune serve, Maria Pétrova, pour un sol mal lavé. Elle commence par frapper elle-même la jeune fille à l'aide d'un rouleau en bois, puis ordonne de la passer au knout. La jeune fille est plongée dans un étang jusqu'à la gorge (il fait frisquet en automne). Ensuite, elle lui ordonne de se remettre au lavage des sols avant de l'achever à coups de bâtons. Comme d'habitude, quand la Saltytchikha est fatiguée, elle passe la main à l'un de ses hommes. La malheureuse est ensuite enterrée dans la forêt.

Autre exemple... Une serve, Praskovia Larionova, est battue à mort et son corps est transporté au domaine de Troïtskoïé, près de Moscou. Son nourisson est jeté sur le cadavre et meurt de froid durant le trajet.


Daria Saltykova a même tyrannisé un noble, Nikolaï Tiouttchev (le grand-père du poète Fiodor Tiouttchev) avec qui elle avait eu une aventure. Il décide de se marier avec une autre en 1762. La Saltytchikha a failli les tuer en faisant fabriquer une bombe!

La Saltytchikha est consciente de son impunité. Les plaintes concernant ses innombrables crimes sont étouffées car elle a de l'influence (liens familiaux, pots-de-vin...). Pire, les quelques courageux ou victimes de ses coups qui tentent de se plaindre sont soit renvoyés chez leur propriétaire avec les conséquences qu'on imagine, soit punis à nouveau par le knout et déportés! En 1762, l'année de l'accession au trône de Catherine II, deux serviteurs, Savéli Martynov et Ermolaï Iline, dont les épouses ont été tuées par la Saltytchikha, réussissent à apporter leurs requêtes à la nouvelle impératrice et demandent protection. Ermolaï Iline a perdu trois épouses à la suite! 6 ans d'enquête s'ensuivent.

La Saltytchikha est condamnée à mort en 1768, graciée, puis finalement enfermée dans le couvent Saint-Jean-le-Précurseur à Moscou jusqu'à sa mort. Elle n'a jamais manifesté le moindre repentir. Elle est enterrée dans le prestigieux cimetière du monastère Donskoï à Moscou.



* La Saltytchikha habitait une maison au centre de Moscou. Le domaine de Troïtskoïé où se sont déroulés la plupart des crimes se trouve de nos jours dans le quartier de l'usine Mosrentgen, au sud-ouest du périphérique moscovite MKAD.


* Les portraits souvent présentés comme ceux de la Saltytchikha sont en réalité ceux d'une autre Daria Saltykova, Daria Pétrovna Saltykova, née Tchernychéva.

* Le servage n'a été aboli qu'en 1861 sous le règne d'Alexandre II, l'arrière-petit-fils de Catherine II.




 

Emission sur Daria Saltykova (en russe)

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